Marinette.

Tous les matins, il y a un marché au puce sur la place du jeu de Balle, à Bruxelles. Un jour j’y ai trouvé un album photos des années 50. Je suis rentrée dans l’intimité de cette famille que je ne connaissais pas. Mon regard s’est porté sur une vieille femme que j’ai imaginé matriarche de la famille; toujours au centre des photos, en bout de table, présente sur la quasi-totalité de l’album. Son visage, à la fois dur et marqué par les années m’a plu. J’ai fini par habituer mon œil à cette femme. La regarder et la trouver est devenu un jeu. Au fur et à mesure que je la cherchais dans l’album, j’arrivais à la retrouver de plus en plus facilement, malgré l’usure du temps sur les photos qui me compliquait la tâche.

J’ai ensuite rassemblé chronologiquement les photos de cette femme, me rendant compte que la plupart étaient vraiment abîmées, et qu’il devenait parfois difficile de la reconnaître. Son corps, son visage, sa posture toute entière, disparaissaient du papier photo. J’ai pensé que cette famille, enfermée dans cet album, puis abandonnée dans ce marché aux puces avait été oubliée et effacée des mémoires. Alors, moi aussi, par de multiples interventions graphiques, j’ai accentué le procédé d’effacement, jusqu’à la disparition totale de l’image. 

Imprimé sur tissu, le livre n’est pas destiné à rester intact, mais à se dégrader au fur et à mesure du temps. Plus les pages se tournent, plus l’usure des images se lisent. J’ai transposé dans le livre en tissu, ce qui se passe dans un album photos. C’est un objet à souvenirs, qui n’est pas éternel et devient fragile de génération en génération. 

Les photographies de ces moments se conservent mal, et finissent par s’effacer. Il en sera de même avec les fils du livres qui se détacheront et réduiront l’image, au fil du temps et des pages tournées. Le tissu représente l’intime, le coté sentimental d’un mouchoir brodé, d’un drap ancien, d’une robe de nuit. Au dos de certaines photos de cette vieille femme, écrit au crayon de papier, un M majuscule se détachait. J’ ai baptisé  ce personnage Marinette.

La couverture est sérigraphiée, et découpée dans d’anciennes valises en carton. Imprimé, cousu et fabriqué à la main. Ce livre existe en 4 exemplaires. 

 

Mathilde Joly -
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